La chaleur représente plus de 70 % de l’énergie consommée par l’industrie et reste largement d’origine fossile au sein de l’Union européenne. L’enjeu de sa décarbonation est bien entendu environnemental mais tient aussi en la résilience (disponibilité de la ressource) et la compétitivité (prix de la ressource) de nos industries face à un contexte international incertain.
Dans ce contexte, l’Union européenne renforce son soutien à la chaleur industrielle décarbonée avec le lancement de la nouvelle édition du dispositif « Heat Auction ». Elle est attendue en décembre 2026 avec un budget d’1 md€. En France, le Fonds chaleur et les dispositifs de France 2030 s’inscrivent en complémentarité en offrant aux industries des opportunités de soutien structurantes.
Heat Auction, un mécanisme d’enchère fondé sur la performance carbone
Le 24 septembre 2026, la Commission européenne a publié les conditions définitives de la deuxième Heat Auction, dont l’ouverture est prévue en décembre 2026. Mise en œuvre dans le cadre du Fonds pour l’innovation, cette enchère disposera d’un budget prévisionnel d’1 md€ pour soutenir des projets de production de chaleur décarbonée.
Le dispositif met les projets en concurrence selon le niveau de soutien demandé. Chaque candidat proposera une prime exprimée en euros par tonne de CO₂ directement évitée. Les offres seront classées de la moins-disante à la plus élevée, puis sélectionnées dans cet ordre jusqu’à épuisement du budget disponible. Selon le principe du « pay-as-bid », chaque lauréat percevra la prime correspondant au montant proposé dans son offre, en fonction des réductions d’émissions vérifiées et pendant une durée maximale de cinq ans.
Un soutien potentiellement plus attractif
Ce mécanisme peut, selon les caractéristiques économiques du projet et le montant de la prime demandée, offrir un niveau de soutien supérieur à celui accessible au titre de certains dispositifs nationaux, dont les intensités et plafonds d’aide sont encadrées par la réglementation européenne en matière d’aides d’État.
La compétitivité de l’offre reste toutefois déterminante : une prime élevée permettra de mieux couvrir le besoin de financement, mais pourra réduire les chances de sélection. Les candidats devront donc fixer leur prix d’enchère au plus près de leur besoin réel afin de concilier viabilité économique et compétitivité.
Une première édition encourageante
La première édition a confirmé l’attractivité du dispositif : sur les 85 candidatures reçues, 65 projets ont été sélectionnés, soit un taux de succès d’environ 76 %. Avec des puissances comprises entre 3 et 45 MWth et des demandes de financement allant de 444 000 € à 37,1 m€, les résultats témoignent de la capacité de la Heat Auction à soutenir une grande diversité de projets, des opérations de taille intermédiaire aux investissements industriels les plus importants.
Un périmètre élargi
Les conditions définitives prévoient que la deuxième édition sera ouverte à l’ensemble des secteurs industriels de l’Espace économique européen (EEE). Selon la catégorie de température, les projets devront présenter une puissance thermique minimale de 3 ou 5 MWth, ainsi qu’au moins 2,5 m€ de dépenses d’investissement.
Le dispositif couvrira les technologies d’électrification, telles que les pompes à chaleur, les chaudières électriques, les torches à plasma ou le stockage thermique, ainsi que la production directe de chaleur renouvelable à partir du solaire thermique ou de la géothermie. Pour la première fois, certaines technologies nucléaires, dont les petits réacteurs modulaires, seront également éligibles.
La deuxième édition encouragera également les solutions de flexibilité permettant de limiter la consommation électrique pendant les périodes de pointe grâce à un bonus au classement des enchères.
Le Fonds Chaleur demeure un dispositif national structurant
Cette nouvelle opportunité européenne ne remet pas en cause le rôle central du Fonds Chaleur français. Opéré par l’ADEME depuis 2009, celui-ci soutient le remplacement d’installations consommant des énergies fossiles par des équipements de production de chaleur et de froid renouvelables ou de récupération.
Il accompagne notamment les projets reposant sur la biomasse, la géothermie, le solaire thermique, le biogaz ou les énergies de récupération, ainsi que leur intégration dans des réseaux de chaleur ou de froid. Le dispositif peut intervenir dès la phase d’étude, puis soutenir la réalisation des investissements.
En 2025, le Fonds Chaleur a soutenu des projets à hauteur de 801 m€, avec une efficacité moyenne de 51,5 € d’aide par tonne de CO₂ économisée. Il est l’un des outils les plus efficaces pour décarboner l’économie, et réduire les importations de gaz. Si son maintien n’est pas remis en cause, des discussions sont actuellement en cours dans le cadre du projet de Loi de Finances pour 2027 sur son budget. Une réduction de 300 m€ est envisagée dans ce cadre mais elle reste soumise à l’examen et au vote du Parlement. Si elle était confirmée, elle pourrait accroître la sélectivité du Fonds Chaleur et renforcer l’importance d’une préparation suffisamment anticipée et solide des projets.
Les appels à projets France 2030, leviers complémentaires pour la décarbonation de la chaleur industrielle
En complément du Fonds Chaleur, des appels à projets France 2030 ont été déployés pour soutenir des investissements contribuant à la décarbonation de la chaleur industrielle.
Ainsi, DECARB IND cible les projets structurants représentant plus de 3 m€ d’investissements (actuellement clôturé), tandis que DECARB FLASH couvre des opérations comprises entre 100 000 € et 3 m€, principalement portées par des sites industriels de PME ou par des sites de grandes entreprises non soumis à l’EU ETS (disponible jusqu’en février 2027). Ces dispositifs peuvent notamment financer des projets d’efficacité énergétique, de récupération de chaleur fatale ou d’évolution du mix énergétique.
Enfin, l’appel d’offres Grands Projets Industriels de Décarbonation (GPID) vise à soutenir les projets de décarbonation de grande ampleur dans les domaines de la chimie, des matériaux non métalliques, des équipement et biens, de la métallurgie, de la pétrochimie et de l’agroalimentaire, en apportant une aide moyenne de plus de 200 m€ par projet sur 15 ans. Avec une enveloppe massive de 1,6 md€ de soutien public en 2026, sa seconde édition a été clôturée en septembre et se pose la question d’une troisième édition.
Passer d’une recherche d’aide à une stratégie globale de financement
Ces dispositifs répondent à des périmètres, des modalités de soutien et des niveaux de maturité différents. Le choix ne doit donc pas être guidé par le seul montant théorique de l’aide, mais aussi par la technologie retenue, la maturité et le calendrier du projet, les réductions d’émissions attendues ainsi que les possibilités d’articulation entre les différents financements.
Cette réflexion doit également intégrer les certificats d’économies d’énergie (CEE) versés par les fournisseurs d’énergie, susceptibles de compléter le financement de certaines opérations d’efficacité énergétique ou de récupération de chaleur fatale, sous réserve des conditions d’éligibilité et de cumul applicables.
Dans un environnement budgétaire plus contraint, le choix du bon dispositif, ou de la bonne combinaison de dispositifs, doit être anticipé dès la conception du projet afin d’en sécuriser l’équilibre économique et la mise en œuvre.
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