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Prévenir les risques psychosociaux : intégrer les RPS dans la gestion courante des ressources humaines

Identifier les risques psychosociaux et comprendre le cadre juridique ne suffit pas. Pour les directions RH, l’enjeu est de transformer ces constats en une démarche de prévention intégrée, qui s’inscrive dans la gestion courante des ressources humaines et non dans des actions ponctuelles menées à la marge.

Prévenir les RPS, ce n’est ni “psychologiser” tous les sujets, ni ajouter une couche d’outils déconnectés du travail réel. C’est examiner concrètement comment l’organisation, les pratiques managériales et les décisions de gestion produisent des effets sur la santé au travail, et intégrer cette dimension dans les processus existants.

Inscrire les RPS dans le DUERP de manière concrète

Le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) est la colonne vertébrale de la démarche de prévention. Les RPS doivent y figurer à la hauteur des enjeux, ce qui suppose d’aller au‑delà d’une mention générique du type “stress” ou “tensions” appliquée uniformément à tous les métiers.

Pour une direction RH, l’approche utile consiste à partir des situations de travail concrètes : postes soumis à de fortes exigences émotionnelles, services en réorganisation fréquente, équipes avec un historique de tensions, fonctions très exposées aux sollicitations externes, activités avec forte pression temporelle. Pour chaque situation, il s’agit d’identifier les facteurs de risques psychosociaux spécifiques : charge de travail, autonomie, conflits de rôles, manque de clarté, défaut de ressources, etc.

Cette analyse gagne à être co‑construite avec différents acteurs tels que les managers, la médecine du travail, le CSE ou la CSSCT, en s’appuyant sur des données objectivables : indicateurs RH, retours d’enquêtes internes, observations de terrain, remontées de la ligne managériale. L’objectif n’est pas de produire un diagnostic psychosocial exhaustif, mais de documenter suffisamment les risques pour pouvoir justifier, le cas échéant, les choix opérés et les actions engagées.

Articuler prévention des RPS et décisions RH

La prévention des RPS ne peut pas être cantonnée à un plan d’actions à part. Elle doit irriguer les décisions de gestion classiques : organisation du travail, répartition des charges, mobilité interne, conduite des projets de transformation, politique de rémunération variable, modalités d’évaluation, gestion des temps.

Lorsqu’une réorganisation est envisagée, par exemple, la dimension des RPS gagnerait à être intégrée dès l’amont : quels impacts sur la charge de travail de certaines équipes ? Quels changements de repères pour les salariés concernés ? Quels risques de perte de sens ou de tensions entre métiers ? Le même raisonnement vaut pour le déploiement d’un nouveau système d’information, l’extension du télétravail ou encore des évolutions de la politique d’objectifs.

Pour une DRH, prévenir les RPS consiste aussi à examiner les effets cumulés de certaines pratiques : multiplication des reportings, objectifs qui se superposent, accumulation de projets transverses, développement de dispositifs de reconnaissance qui accentuent la compétition interne. Ce travail de mise en cohérence peut paraître moins visible qu’un plan de communication sur le bien‑être, mais il est souvent plus déterminant pour réduire réellement le risque lié aux RPS.

Former et outiller les managers

Les managers sont en première ligne pour prévenir les RPS, sans pour autant être des spécialistes de la santé au travail. Ils ont besoin de repères clairs, de marges de manœuvre et de soutien.

La formation est un premier levier essentiel. Elle ne doit pas se limiter à rappeler les interdits ou à énumérer les sanctions possibles encourues. Elle doit permettre aux managers de comprendre ce que recouvrent les RPS, de repérer des signaux d’alerte chez un collaborateur (changement de comportement, irritabilité, repli, erreurs inhabituelles, retards répétés, discours alarmant), d’identifier des tensions au sein d’une équipe, d’ajuster leur communication et leur posture dans des contextes de pression.

Au‑delà des formations ponctuelles, les managers ont besoin d’un cadre de référence : lignes directrices sur la charge de travail, règles de contact hors horaires, modalités d’utilisation des messageries, principes d’équité dans la répartition des tâches, pratiques d’évaluation explicitées. Ils doivent également savoir à qui s’adresser lorsqu’ils se sentent eux‑mêmes dépassés par une situation : la direction des ressources humaines, la médecine du travail, le service de prévention ou encore les référents identifiés.

Reconnaître la place des managers dans la prévention, c’est aussi accepter qu’ils puissent eux-mêmes être accompagnés lorsqu’ils sont mis en cause. Certains comportements doivent être sanctionnés lorsqu’ils franchissent des limites claires. D’autres relèvent davantage de postures installées, héritées de cultures managériales anciennes, qui nécessitent un travail d’ajustement plutôt qu’une mise à l’écart immédiate. La prévention prend alors la forme d’un accompagnement concret : revue de pratiques, coaching ciblé, travail sur la communication, prise de conscience des effets de certains comportements.

Créer des espaces d’expression sur le travail

Les RPS prospèrent souvent dans des environnements où les difficultés ne trouvent pas de lieu pour être exprimées et régulées. À l’inverse, la possibilité de parler du travail, de ce qui fonctionne, de ce qui coince, des arbitrages impossibles, des contraintes non dites, est un facteur de prévention important.

Pour une direction RH, cela peut se traduire par la mise en place ou la consolidation de plusieurs types de dispositifs : entretiens individuels menés dans une logique d’écoute  plutôt que seulement d’évaluation, réunions d’équipe consacrées périodiquement aux modalités de travail et pas uniquement aux résultats, consultations ciblées lors de projets de transformation, enquêtes internes anonymes suivies d’un retour argumenté sur les résultats et les suites données.

L’enjeu n’est pas de multiplier les dispositifs, mais de s’assurer qu’ils ont une réalité et une crédibilité pour les salariés. Un baromètre social sans retour ni plan d’action visible peut accroître la défiance. À l’inverse, des espaces d’expression modestes mais réguliers, dans lesquels des ajustements concrets sont décidés et suivis, contribuent à réduire les tensions avant qu’elles ne se cristallisent.

Travailler avec les acteurs internes

La prévention des RPS est un sujet transversal qui implique plusieurs acteurs internes : direction des ressources humaines, managers, CSE et CSSCT, médecine du travail, parfois des services de prévention ou de QVCT (qualité de vie et des conditions de travail) dédiés. La manière dont ces acteurs coopèrent est en soi un facteur de réussite.

La médecine du travail joue un rôle central, à la fois individuel (visites, avis d’aptitude, recommandations) et collectif (analyses de situations, propositions d’amélioration). Un dialogue régulier entre la DRH et le médecin du travail permet de partager des constats, d’identifier des zones de risque, d’anticiper certaines difficultés. De même, le CSE et, le cas échéant, la CSSCT apportent un regard précieux sur le ressenti des salariés, les signaux faibles, les effets concrets des réorganisations ou des changements de méthode.

Pour une direction RH, il est recommandé d’inscrire les RPS comme un point régulier, même succinct, dans les instances où la santé au travail est abordée : suivi des actions prévues au DUERP, retour sur les remontées récurrentes, point d’étape sur les formations managériales, discussion sur l’impact des projets en cours. Cette cohérence entre les différents lieux de dialogue contribue à donner du sens aux actions de prévention engagées.

Ancrer la prévention dans la durée

La prévention des risques psychosociaux ne se décrète pas ; elle s’inscrit dans le temps. Il est rare qu’un seul dispositif transforme durablement une situation. Ce qui fait la différence, c’est la cohérence des signaux accumulés : intégration des RPS dans le DUERP, prise en compte des risques dans les projets, attention à la charge de travail, accompagnement des managers, dialogue avec les représentants du personnel, écoute des salariés.

Pour une direction RH, cela implique d’accepter une logique d’ajustement permanent : certaines actions produiront des effets rapides, d’autres nécessiteront des révisions. L’important est de pouvoir démontrer, en cas de mise en cause, qu’une démarche réelle a été engagée et est en cours, que les risques identifiés ne sont pas restés sans réponse et que les enseignements tirés d’une situation difficile sont réinjectés dans la prévention.

Cette approche structurée de la prévention prépare le terrain de la gestion des situations individuelles sensibles. Lorsqu’un signalement survient, l’entreprise qui a travaillé en amont sur les RPS n’aborde pas l’affaire sans cadre préalablement posé : elle dispose de repères, de procédures et d’acteurs identifiés. Cela ne supprime pas le risque, mais place la DRH dans une position plus solide pour organiser une enquête interne, prendre des mesures de protection, ajuster l’organisation et, le cas échéant, démontrer qu’elle a respecté son obligation de sécurité.

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